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En septembre 2005, j'ai fait paraître "Dieu est entré à l'hôpital" aux éditions Thélès, le journal de la vie d'une équipe d'aumônerie catholique d'hôpital (La Grave, Toulouse). En voici quelques recensions, sur le site d'un ami prêtre, dans le journal de Millau, et dans d'autres sites :
Préface
L’hôpital, de tout temps, a accompagné l’homme dans sa peine.
D’abord espace d’hébergement et d’assistance pour le pèlerin et l’indigent, l’hôpital, au cours du XXème siècle a été progressivement transformé par la création des assurances sociales et par les évolutions techniques de la médecine. Cette ère de modernisation et de progrès doit nous faire réfléchir à la manière d’apporter un surcroît d’âme à ces lieux chargés d’appréhension.
Le témoignage d’Annie Bras y contribue. Auprès des personnes âgées, des parturientes, des cancéreux, il identifie fraternellement les traces apparentes de souffrance et d’inquiétude qui inscrivent sur les corps et les visages la vérité de celle qui les lit. Au fil des pages, leur traduction devient le reflet de ce que nous sommes vis à vis de ceux qui les portent.
Toute culture produit des soignants. Toute religion parle de santé. Au travers de ce constat intemporel, Annie Bras nous rappelle qu’en toute circonstance, la première dimension de l’éthique réside dans l’écoute. Elle nous confie également, et nous l’entendons, son espoir que l’hôpital de La Grave ne se réduise pas, un jour, à un simple lieu du patrimoine et du souvenir.
Pr Roland BUGAT
Mission Interministérielle de Lutte Contre le Cancer, Institut Claudius REGAUD (Toulouse)
Article du Figaro - 26 septembre 2005
Le rôle des laïques reconnu pour célébrer les funérailles
Après dix années de travail, les évêques de France viennent de terminer la traduction du latin au français d’un nouveau rituel catholique pour les funérailles. Dans ce texte qui devrait être publié dans quelques mois, la place des laïcs sera officiellement inscrite même s’ils pallient déjà la raréfaction des prêtres depuis de nombreuses années. Envoyés en mission par leurs évêques, ils « président » ainsi les cérémonies, accueillant les familles, prononçant des homélies et bénissant les corps. Une pratique désormais entrée dans les moeurs, mais que l’Eglise ne souhaite pas encore adopter pour les mariages.
En France, l’Eglise catholique affirme encore accompagner 80 % des funérailles. Mais, en raison du déclin du nombre de prêtres, de plus en plus de laïcs assument désormais cette mission et président les cérémonies durant lesquelles aucun sacrement n’est administré. Le phénomène, en constante augmentation depuis dix ans, sera officialisé dans quelques mois, lorsque les évêques publieront le nouveau rituel des obsèques. Ils viennent de terminer un travail de traduction de longue haleine, du latin au français, et attendent l’approbation de Rome. « Ce texte, explique Mgr Robert Le Gall, aura le mérite d’uniformiser le rôle et la place des laïcs. » « Lorsqu’un prêtre est présent, précise le responsable de la liturgie au sein de la Conférence des évêques de France, il doit pouvoir célébrer la messe. Mais les familles doivent aussi comprendre les diocèses qui ne souhaitent pas des funérailles de première ou deuxième classe, avec ou sans prêtre. »
Annie Bras a toujours eu le plus grand mal à trouver un prêtre disponible pour administrer les sacrements des malades ou de la confession. Depuis 1998, elle a « présidé » avec son équipe de laïcs plus de trois cents funérailles dans l’église du centre hospitalier universitaire de La Grave, à Toulouse. Envoyée en mission comme aumônier par son évêque après une longue formation, elle est restée cinq ans auprès des patients, ceux de l’hôpital et ceux de l’Institut Claudius-Regaud de lutte contre le cancer. Une expérience « bouleversante » qu’elle vient de poser par écrit dans un récit plein de franchise et de générosité.
Avant cette « soignante de formation » d’une cinquantaine d’années, il y avait un prêtre à l’hôpital. La succession n’a pas été facile. Une pétition a même été envoyée pour protester contre l’arrivée d’une laïque. « Mais, par un très petit nombre de personnes, précise Annie Bras. Les mentalités ont ensuite évolué. Le contact passait naturellement avec les familles et les malades. » « Peut-être même mieux qu’avec un prêtre totalement débordé », analyse celle qui n’a jamais eu « le sentiment de remplacer un prêtre » dont la présence occasionnelle est « de toute manière indispensable ».
Mais c’est en zone rurale que le développement de ce phénomène est le plus visible. Colette Isaac a déjà célébré une dizaine de cérémonies de funérailles dans le village de Nernier (Haute-Savoie). Elle souligne que, « grâce à l’engagement des laïcs, l’Eglise catholique continue à vivre dans les cam-pagnes ». « Dans notre diocèse, ajoute-t-elle, l’évêque est d’ailleurs surpris du nombre de volontaires pour la pastorale des funérailles, riche en rencontres et lieu privilégié pour parler de Dieu. » Elle n’a jamais rencontré d’opposition à sa mission, « sauf peut-être de la part de familles de notables qui fréquentent assez peu l’Eglise et sont facilement choqués par l’absence du prêtre ». L’absence ou l’éloignement de « ce personnage de confiance », Bernard Colin la compare « à la fermeture des bureaux de poste dans les villages ». Maire du petit village de Gibomeix (Meurthe et Moselle), il regrette cette situation qui « appauvrit » encore un peu les campagnes, mais souligne, comme chrétien, le rôle des laïcs qui « font de belles célébrations de la parole. Ils sont désormais les relais locaux de l’Eglise dans les villages. »
Sophie de Ravinel
Article de La Croix du Midi - 4 août 2005
Une mission extraordinaire
Annie Bras nous raconte sa vie de femme aumônier catholique au CHU de la Grave et de l’Institut Claudius Régaud, à Toulouse.
DEVENIR AUMONIER catholique à l’hôpital public, elle n’y pensait pas. Sa vie dans les services des soins des hôpitaux l’occupait tellement. Car, durant plus de 20 ans, Annie Bras a fait partie du personnel soignant d’un hôpital public aveyronnais. Mais son rapport à la foi, des études religieuses à l’Institut catholique de Toulouse par correspondance, puis un congé-formation pour suivre des études d’exégèse biblique et de théologie font émerger l’éventualité d’une formation d’aumônier catholique à l’hôpital.
Un «stage» auprès de l’aumônerie de l’hôpital Purpan, durant l’été, la convainc de l’importance de l’évangélisation dans ces lieux de vie, de souffrance et de mort. «J’ai découvert que désormais j'avais tout le temps d'écouter les malades et leur parler. Ce que je ne pouvais jamais faire en tant que soignante. J’ai découvert que les malades avaient tellement envie de se dire. Il suffisait de s’asseoir auprès d’eux», raconte Annie.
La mission
S’asseoir, écouter, tendre l’oreille et la main, ouvrir son cœur pour recevoir l’autre et lui donner son amour, voilà la tâche qui est confiée à Annie par Mgr Marcus, en 1998. Celui-ci la nomme aumônier catholique du CHU de La Grave et de l’Institut Claudius Régaud. Sa mission ? Vivre et faire vivre une équipe, rencontrer et écouter les malades, leur famille, le personnel médical et soignant, accompagner les jeunes en stage, mais aussi présider la célébration des obsèques, apporter l’eucharistie et organiser les messes des grandes fêtes liturgiques, etc. «Le rôle de l’aumônier c’est, précise Annie, d’être présent dans la discrétion. Pour cela, il faut se faire connaître et reconnaître, comme ne pas hésiter à pousser les portes. Mais tout seul, un aumônier ne peut rien. C’est un travail d’équipe.» Et une équipe qui va pousser les portes de tous les services et être présente là où on ne l’attend pas forcément. Notamment à la maternité. Offrant son temps et son écoute autant que faire se peut. Leurs horaires ? 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Leur récompense ? La réconciliation des êtres avec eux-mêmes, voire avec Dieu. Parce que là où les personnes souffrent, la question de Dieu revient toujours, à un certain moment.
La présence de Dieu
«L’évangélisation ne se fait pas seulement dans les églises, mais aussi dehors. L’Église doit être présente dans ces lieux de souffrances. C’est d’ailleurs ce qu’a fait le Christ tout au long des trois ans de sa vie publique. C’est ainsi que nous devons agir. Et d’autant que tous ceux qui ne sont ni beaux, ni riches, ni bien portants n’intéressent pas notre société, car ils ne sont pas rentables. Pas plus que la religion ne l’est. C’est un acte de Foi et de cœur. Aussi a-t-elle toute sa place à l’hôpital», insiste Annie. C’est pour cela qu’il faut une présence visible et une écoute attentive, même si les malades ne sont pas toujours en demande, voire sont en colère contre Dieu qu'ils rendent responsable des moments douloureux et cruels qu'ils traversent. Pourquoi cela m’arrive ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi vais-je crever ? Dieu existe-t-il? Est-ce mal de ne pas prier ? Que dois-je faire pour bien mourir ? Autant de questions qui reviennent dans la bouche des malades et auxquelles l’aumônier n’a pas toujours de réponse à donner. «Les pourquoi sont nombreux. Souvent, nous écoutons et ne répondons qu’aux comment, dit Annie Bras. On réfléchit en fait comment va-t-on pouvoir cheminer ensemble. L’accompagnement des détresses dans l’hôpital ou les prisons, là doit être l’évangélisation du IIIe millénaire.»
Le partage de la foi
Et ce cheminement ensemble sur les routes de la souffrance aboutit souvent à des conversions. C’est cela qui a le plus frappé Annie durant ces cinq années comme femme aumônier de La Grave et de l’Institut Claudius Régaud. Certes, ces conversions n’ont pas forcément abouti à des guérisons, mais ont permis aux malades en souffrance de rencontrer la paix et la réconciliation. Ce qui lui fait dire: «Quand on dit que les gens n’ont pas besoin de Dieu et de l’Église, c’est faux. Ils n’ont pas en effet besoin forcément d’une pratique religieuse, mais ils cherchent Dieu tous les jours, sans même le savoir. C’est pour cela qu’il faut que l’on soit là.» Elle en veut pour preuve les multiples requêtes des malades. Certains lui demandaient de prier avec eux, d’autres de leur lire des passages de La Bible ou de recevoir la communion. Parce qu’ils avaient compris que Dieu les aimait et souffrait autant qu’eux de les savoir ainsi. Parce qu’il est là, à leurs côtés.
L’instrument de Dieu
«Je croyais connaître le monde de la Santé. J’ai découvert l'homme tridimensionnel à travers la mission d'aumônier et l'importance du spirituel qui peut déboucher sur une demande de religieux. Grâce à cette expérience, j’ai vécu une avancée spirituelle fabuleuse et ai compris ce qu’était l’humilité. En côtoyant au quotidien la souffrance, on réalise que l’on est peu de chose. Pour cela, il faut vivre le moment présent dans la présence du Christ», dit Annie en guise de conclusion. Avant de rappeler que sa mission a simplement consisté à être l’instrument de Dieu.
Des joies et des peines, elle en a eues. De la fatigue et du découragement, parfois. Tout cela n’est rien, vous répond-elle, au vu des grâces constantes qu’elle a reçues des malades, de leurs familles et du personnel. Des grâces qu’elle décline avec foi et joie dans son livre, si justement intitulé «Dieu est entré à l’hôpital». Car c’est ainsi qu’Annie aime l’Église, auprès des souffrants, des plus démunis et des plus pauvres. Une Église prête à donner son message d’espérance, de foi, d’écoute et d’amour. Une Église présente dans les moindres détails du quotidien et offrant un abri à tous ceux qui n’en ont plus. C’est cela faire Église.
Florence Guilhem
